Histoires

 

GENS ET COINS DE MON PAYS

À travers les joncs, une barque s’avance, on dirait une gondole
En descend un homme d’âge mûr suivi d’un gamin
Il se dirige vers la terre de la pointe de Trois-Pistoles.
C’est le nouveau propriétaire qui prend possession de ses biens.

Ils portent comme vêtements : flanelle et étoffes du pays
L’homme tient, d’une main, une hache et de l’autre un fusil.
Le garçon, son fils Nicolas, porte dans ses bras, une grande croix
Qu’ils planteront demain, au nom du Roi, marque de leur foi.

Cet homme, c’est Jean Rioux maître des lieux venant de l’Île d’Orléans
On le dit valeureux soldat du régiment de Carignan.
Il possède de grandes qualités : généreux, honnête, loyal et bon.
Il épousa en 1678 une femme au cœur d’or : Catherine Leblond.

Ce soir, sur cette partie de terre de Trois-Pistoles,
On peut voir mouettes et goélands dans plein vol.
Au grand nombre de leurs coups d’ailes et de leurs cris aigus
Ils semblent souhaiter aux nouveaux arrivants : « Bienvenue ».

Demain, on commencera le défrichement pour le campement
Car dans un an, arriveront l’épouse et les enfants
Qui viendront le seconder dans sa rude tâche de géant.
Son rêve : il voit quelque chose de grand pour ses descendants.

Le passage du missionnaire, tant attendu, est reçu avec joie
Dans l’humble demeure des Rioux, venant raffermir leur foi.
Les Amérindiens du pays, de toutes tribus, il s’en faisait des amis
D’eux il était bien vu, il les recevait même chez lui.

Mais la vie, cruel destin, Jean Rioux mourut prématurément
Laissant son œuvre à peine commencée à son épouse et à ses fils vivants.
Familles nouvelles, colons nouveaux sont venus les seconder
Avec le cours des années, Trois-Pistoles, une place s’est taillée.

Familles de défricheurs, reculant le manteau de la forêt
Plus tard, devenus agriculteurs, suivant la marche du progrès
Gens laborieux, région agricole, terres fertiles, bassin laitier
Voilà l’œuvre des Rioux et d’autres habitants venus coloniser.

Ils ont donné nombre de prêtres à l’église
Bien des religieux et religieuses dont le devoir était la devise.
Des missionnaires intrépides, dans plusieurs pays, ils ont porté l’évangile
Et de ces nations éloignées, ils ont été chefs de file.

Ils ont fourni à l’armée des soldats courageux et hardis
Qui se sont distingués en Normandie, à Dunkerque, et à Vimy
Ont donné leur jeunesse, leur vie et dorment aujourd’hui en terre de France.
C’est pourquoi chaque année on leur dédie un jour de reconnaissance.

Il ne faut pas oublier ces femmes qui ont aidé leur mari
Elles ont donné des familles nombreuses à leur pays.
On les voit aux champs, au rouet et dans tous les métiers
Leur éloge sera court, mais sublime est le portrait de ces femmes dévouées.

Elle est petite, en bois rond cette première chapelle
C’est elle qui fut la semence de l’Église actuelle
Qui des touristes et des voyageurs a fait l’admiration
Et entretenue avec fierté et dévotion par sa population.

Trois cents ans ont passé, quatorze générations se sont succédées
De nombreux rangs, au cours des ans, sont défrichés et habités
Des paroisses voisines ont surgi, peuplées par les gens de chez-nous
De Halifax à Vancouver, en Amérique, on a multiplié le nom des Rioux.

Presque toutes les familles d’ici sont apparentées à la lignée
Ont fourni des professions libérales et des gens de métier
Partout où ils ont passé, ont laissé des marques de leur labeur
Et pour être reconnaissants, la grosse part revient à ces défricheurs.

Au cours de ces mêmes années, sa population toujours en progrès
A construit des chemins, des rues, des institutions d’enseignement
Des hôpitaux, des centres d’accueil, des maisons d’hébergement;
Tout ce qui montre d’une vie, ses images et des reflets.

Trois-Pistoles, ville de chez-nous, tu es un joyau d’argent
Où il fait bon vivre car les gens sont accueillants.
Debout sur ton promontoire on contemple le majestueux St-Laurent
Que la Providence nous a donné, c’est un magnifique présent.

Trois-Pistoles où l’on respire
On y vient pour y vivre
Là, où il est difficile de repartir
Et en y songeant, on y reste pour mourir.

Camille des-Ormes, 13 octobre 1986

Camille des-Ormes (Rioux) n’est plus (vol. 6, no 3, décembre 1989) / texte écrit par André Morin, Le Courrier, 7 août 1989

C’est au tout début de l’été, plus précisément le lundi 26 juin, que décédait, à l’âge de 85 ans et un mois, M. Camille Rioux, époux de dame Alma Denis. M. Rioux résidait au Centre d’accueil Jésus-Marie de Trois-Pistoles depuis plusieurs années, après avoir vécu à Saint-Jean-de-Dieu.

Défricheur, puis commerçant, M. Camille Rioux a légué à sa région une étonnante production poétique écrite de sa main. Sous son nom de plume de « Camille des-Ormes », M. Rioux a raconté les joies simples d’autrefois et les événements d’aujourd’hui. Camille des-Ormes était poète et historien, homme de sagesse et fier citoyen, vrai fils du terroir et gardien d’une sensibilité profonde.

Plusieurs de ses poèmes ont été reproduits dans les pages du journal Le Courrier, donnant ainsi la chance au plus grand nombre de découvrir ces mots du cœur. Camille des-Ormes s’est adonné à la poésie pendant toute sa vie mais ce n’est qu’à partir de 1981 qu’il a conservé ses écrits. Avec la collaboration de l’un de ses petits-fils, il a même publié « Les récits poétiques de Camille des-Ormes », édition qui est devenu rarissime. En hommage à Camille des-Ormes, nous vous proposons quelques extraits de son étonnante et merveilleuse poésie.

En janvier 1986, conscient qu’une maladie sournoise le mine, il écrit « Mon soleil couchant ». En voici trois strophes :

« Nombre d’hivers ont blanchi mes cheveux;
Nombre d’années, mes épaules ont courbé;
Des voilent souvent passent devant mes yeux;
Mes pas sont lents, semblent hésiter;
Je vois que de mes ans;
C’est le soleil couchant.

Un mal atroce serre ma poitrine;
Fait de moi un être en ruine;
Elle arrive en sournois cette angine;
Et c’est ça, qui, un matin;
Sonnera le glas de nom soleil couchant.

Toi qui en promeneur solitaire;
Passera un jour dans mon cimetière;
Sur une tombe cachée par des pierres;
Arrête et dis-moi une prière;
Afin que dans mon éternité;
Un autre soleil vienne se lever;
Pour ne jamais se coucher ».

Fier de ses origines e de son appartenance à la grande famille du seigneur Jean Riou, Camille des=Ormes profite des grandes fêtes de 1987(-1988) pour écrite une belle page en honneur de la lignée seigneuriale. Ce long poème a été reproduit dans le livre-souvenir des Riou-x et nous y relevons cet extrait :

« Familles de défricheurs, reculant le manteau de la forêt
Plus tard, devenus agriculteurs, suivant la marche du progrès
Gens laborieux, région agricole, terres fertiles, bassin laitier
Voilà l’œuvre des Rioux et d’autres habitants venus coloniser. »

En plein cœur de ces grandes fêtes, très précisément le 14 août 1987, Camille des-Ormes reprend sa plume :

« À tous ceux qui ont bâti le pays et les lieux;
Le suis heureux de me retrouver dans leurs rangs;
Si aujourd’hui on peut faire des heureux;
C’est pour nous un plaisir et un contentement.

N’oublions pas nos épouses qui nous ont secondés;
À elles revient une part du travail ouvrier;
Car elles ont donné à leur pays;
La force de la race d’aujourd’hui »

Au mois d’août 1988 (1987), l’exposition à Trois-Pistoles de l’épée ayant appartenu au seigneur Jean Riou inspire notre poète-historien. De plus, on lui avait confié la garde, pour 48 heures, de l’authentique « gobelet d’argent », événement au lendemain duquel il écrit :

« Ce soir, triste et seul en ces lieux;
Mon sacrifice est fait, je l’offre à Dieu;
Pour que de sa puissante main;
Il soit le protecteur de mes descendants ».

Son « Salut printemps » d’avril 1989 sera l’un de ses derniers poèmes. Il y écrit :

« Une brume légère se lève du jardin;
Qui semble respirer l’air frais du matin;
Des boutons accrochés aux branches des rosiers;
Bientôt livreront leur odeur parfumée;
Enivre-moi printemps ».

À son décès en juin, sa nièce lui rend hommage par la poésie. Elle écrit :

« Un vieillard qui meurt, c’est comme un livre qui brûle. » Sa conclusion est un espoir et un merci à Camille des-Ormes Rioux :

« C’est un grand poète que l’on porte en terre;
Une chandelle éblouissante de lumière;
Dieu a soufflé, la flamme s’est éteinte;
L’homme est passé, a laissé son empreinte;
Lui, qui, des vivants, écrivit les joies, les plaintes;
Aux Paroles du Seigneur, son âme maintenant s’est jointe ».