Jean Riou au Québec

On sait que Jean Riou est né en France, dans le petit village de Ploujean, dans le Finistère, près de Morlaix.  Son acte de naissance indique qu’il a été baptisé le 20 mars 1652 dans l’église de Ploujean sous le nom de « Roc’hiou », que son père se prénomme Jean et sa mère Marguerite Guéguen. Ses grands-parents sont Jacques Kéroc’hiou et Jeanne Le Ferec.

On pense que la transformation du nom de l’ancêtre serait due au fait que Jean Rochiou ne savait ni lire ni écrire et que quand il se mariera à Sainte-Famille, le notaire et le curé qui établiront le contrat et l’acte de mariage ne pourront que transcrire le patronyme Rochiou tel qu’ils l’entendent phonétiquement, soit « rorriou ». Il se peut aussi que le curé et le notaire n’aient entendu que la fin « Riou » ou alors qu’ils aient fait le rapprochement avec le patronyme Riou, beaucoup plus courant en Bretagne. 

Donc, au début de sa 20e année, Jean Rioux partit de Ploujean pour venir s’établir en Nouvelle-France, plus précisément à Saint-François de l’île d’Orléans, autrefois appelée l’île Saint-Laurent.

Le régime en usage à l’époque exigeait que les colons arrivant au pays soient « engagés » pour trois (3) ans au service d’un habitant.  C’est seulement à l’expiration de ce délai qu’ils pourront acquérir leur propre ferme et s’établir. Jean Riou s’est donc engagé à son arrivée comme métayer pour 4 ans chez Marguerite Leclerc, la veuve de Nicolas Leblond.

Le 10 janvier 1678, alors âgé de 25 ans 10 mois (il déclare en avoir 21), il épousa, à Sainte-Famille, Catherine Leblond (âgée seulement de 13 ans 8 mois). Au cours des années qui suivent, Jean Riou s’occupe de défricher, de cultiver sa terre, de l’améliorer et d’acheter des concessions afin de subvenir aux besoins de sa famille. D’après le recensement de 1681, Jean Riou déclare avoir 15 arpents de terre en culture (un arpent équivaut environ à 58,5 mètres carrés, donc, il possédait 877,5m, soit presque un kilomètre de culture !

Bien que la seigneurie de Trois-Pistoles ait été concédée à Charles Denys de Vitré, il l’échangera par la suite contre une des terres de Jean Riou à l’île d’Orléans.

C’est ainsi que Jean, son épouse Catherine et leurs 5 enfants s’installent aux Trois-Pistoles en tant que seigneurs.  La seigneurie est ainsi décrite : un fief ainsi décrit  « une terre de deux lieues de front, le long du fleuve Saint-Laurent, du côté sud, à prendre depuis la seigneurie de l’Isle-Verte en descendant le fleuve Saint-Laurent, la Rivière Trois-Pistoles comprise et les îles qui se trouveront dans les 2 lieues de la concession même l’île aux Basques. Cette concession comprend aussi le droit de fief et seigneurie, de justice, avec le droit de chasse, de pêche, de traite avec les sauvages et autres droits futurs. »

L’histoire veut que Jean Riou ait vécu de pêche plus que d’agriculture pendant plusieurs années et qu’il ait nourri ses animaux assez longtemps avec du foin de grève. Il devait sans doute récolter quelques grains pour ses animaux, ainsi que du blé qu’il allait d’abord faire moudre ailleurs, de l’orge qu’il pouvait piler pour la soupe, des patates et autres légumes de toutes sortes. Avec le temps, il a amélioré son installation en renouvelant ses bâtisses; il a même construit une petite chapelle à proximité de sa demeure, vers 1701.

Nous ne connaissons pas la date exacte du décès de Jean Riou, mais nous savons que c’est entre 1702 et 1709. Selon le chanoine Léo Bérubé, cela s’expliquerait par le fait qu’aucun document écrit n’a été conservé de la première décennie de la vie du couple sur sa seigneurie, le registre de Trois-Pistoles ne commençant qu’en 1713.