Le Château du Rioux

Historique du Château de Rioux

Il fut classé Monument Historique le 5 octobre 1965.

            Le Château de Rioux, situé sur la route de Saintes, distant du bourg de 1km 500, était, paraît-il, à l’origine, domaine royal.

            La construction du château doit remonter au XIIème ou XIIIème siècle. Bien sûr, il a subi des transformations au cours des siècles, mais le côté nord-est, que l’on peut admirer en passant sur la route de Saintes, conserve encore le magnifique aspect d’un château féodal, ce qui est très rare dans les environs.

            Appartenant aux Seigneurs Didonne, Rioux fut retiré à ces seigneurs pour être donné au Seigneur de Beaumont, pour ses bons et loyaux services pendant la guerre de Cent Ans contre les Anglais).

            D’après les recherches et les récits de M. Robert Colle, historien, sur Étienne Guinot de Monconseil (extrait de la bibliothèque de Saintes), voici un bref résumé de l’histoire des seigneurs du château de Rioux :

            « Les Guinot s’étaient établis en Saintonge en 1480 par le mariage de Nicolas Guinot (fils Honoré), seigneur de Viron, avec Françoise de Beaumont de Cravans et de Rioux.

            Les Beaumont étaient originaires de Beaumont dans l’Oise. Ce sont ceux qui firent construire le château de Cravans qui porte leur nom.

            Le père de Françoise était seigneur de Rioux depuis 1506. Le seigneur de Rioux inféoda et anoblit la terre de Beaupréau en faveur de son petit-fils Jean Guinot, qui avait combattu avec lui en Italie. C’est ce Jean qui fit construire le manoir actuel de Beaupréau. Il épousa Roberte de la Barde et ils eurent quatre enfants dont deux fils : Charles, d’où sortit la branche des Guinot de Rioux, et Amery qui devint seigneur de Beaupréau. »

            Puis, M. Pacaud écrit dans sa monographie de Rioux (aux archives départementales à la Rochelle) :

            «Entre 1610 et 1619, Daniel, héritier de Jacques de Beaumont, très endetté, vendit à Georges Lemusnier la châtellenie de Rioux pour 43 000 écus d’or. Georges Lemusnier en un acte de 1625 est qualifié d’écuyer de la baronnie et châtellenie de Rioux. Il eut deux filles. L’une d’elles épousa François Guinot qui devint baron de Rioux, l’autre épousa Louis de Livoine qui devint seigneur de Beaupréau ».

            La restauration du château de Rioux, en 1644, est due à François Guinot.

            Le dernier des Guinot, Jean, mourut à Rioux en 1732. Sa femme, Henriette de Boutou, se retira avec ses deux filles au domaine noble de la Tillade qu’elle venait d’hériter. La succession était si embrouillée, une saisie étant intervenue, le château de Rioux fut racheté en 1736 pour 42 000 livres par un cousin, Étienne Guinot de Monconseil, seigneur de Tesson, de Thénac et de Courcoury.

            De Monconseil était officier, gouverneur d’Alsace, il avait un régiment (qu’il n’avait pas encore payé) et sa femme, Cécile Rioult de Cursay, menait joyeuse vie à la cour.

            Parmi les fournisseurs de l’armée se trouvait le riche François Sarrauton, à qui Monconseil vendit en 1744 le château de Rioux alors en ruines.

            Bonne affaire car le château était vendu 80 000 livres, le double de ce qu’il avait coûté et Monconseil se réservait les droits nobles (chasse, pêche, justice et corvées). Puis il partit en campagne avec l’armée du Rhin et participa à la prise de Wissembourg et à celle de Fribourg.

            En 1746, il rendit visite au nouveau châtelain de Rioux, Sarrauton, et fut parrain du fils de ce dernier… Par la suite, Sarrauton a-t-il fait réparer le château ?… Il est probable, car il n’arrivait pas à payer ses dettes, et il voulait revendre le château à Monconseil. Mais sa femme dont les intérêts étaient séparés s’y opposait

            Monconseil fut obligé d’engager une procédure avec les époux Sarrauton, bien qu’en bons termes avec le mari.

            Il retrouva le château, puisqu’en 1776 il vendit aux frères Gaufret, l’un marchand, l’autre boulanger, la métairie des « agioncs ». À 68 ans, le marquis de Monconseil dut se retirer sur ses terres en Saintonge. Il passait l’été dans son château de Tesson, et l’hiver à Saintes où il avait acheté plusieurs maisons. C’est lui qui fit construire en 1738 l’hôtel Monconseil sur les bords de la Charente, aujourd’hui musée Dupuy-Mestreau, un des plus beaux musées folkloriques de France.

            De Monconseil était très généreux, il multipliait ses bienfaits à Saintes comme à Tesson, où il fonda un hospice destiné à recevoir les pauvres des 4 paroisses dont il était le seigneur, tenu par des religieuses. Il acheta pour la paroisse de Tesson une maison pour y loger un vicaire (le presbytère actuel).

            Pour se procurer de l’argent, il vendit en 17981 une pièce de terre, appelée « La Grande Enclouse », qui allait de Chez Raynaud aux Touches, pour 22 000 livres, aux frères Gautret.

            Le 14 octobre 1782, Étienne de Monconseil rendit l’âme en son château de Guinot à Tesson.

            Le défunt ayant été haut justicier, Le sieur Vincent, peintre, fut chargé de décorer les églises de Rioux et de Tesson à ses armes (coût 187 livres). Sa veuve, qui venait de s’installer dans un quartier neuf, à Paris, après avoir vendu son château de Bagatelle, ne conserva pas longtemps sa part de communauté. Le 15 mars 1784, elle vendit pour 5 400 livres les Touches à Yvonnet, fermier de Rioux, et le 1er avril 1784, le château de Rioux, à M. Jean-Louis Guitard, seigneur de Rétaud, pour 82 000 livres, amputé de la plus grande partie de sa propriété. Ce dernier revendit en 1786 le château et ses terres en dépendant aux deux frères Gautret. Les descendants de l’un gardèrent le château jusqu’à la fin du XIXième siècle, ceux de l’autre construisirent Bel-Air en 1820, sur la route de Saintes. Ensuite M. Michel Gautret transmet le château à son gendre M. Million, puis à M. Roudier qui le vend, en 1871, à M. et Mme Michel Bibard, propriétaire exploitant et distillateur (la propriété était plantée en vignes).

            Leur fils, Edmond Bibard, hérite du château en 1908 ou 1909. Celui-ci fait faire de nombreuses réparations, son père s’en étant fort peu occupé, et le vend en 1919 à M. et Mme Rémont, avec alors beaucoup d’avaries de toiture (réfection de 1920), d’où date la partie refaite en ardoise, alors qu’on ne trouvait plus de tuiles plates de 17cm X26, qui se cuisaient à St-Jean-D’Angle (réfection de 1957).

            On a peu de souvenirs se rapportant au château même. Il faut supposer cependant que meurtrières et souterrains ont dû servir à une défense guerrière, mais on n’en trouve pas trace dans les archives de la Section Historique au ministère de la guerre (recherches faites par le Colonel Forsch, père de Mme Rémont, elle-même décédée en 19068, que beaucoup de Rioutais ont bien connue). M. Rémont était décédé encore très jeune, en 1938. Les actuels propriétaires sont les enfants et petits-enfants de M. et Mme Rémont.

            On dit qu’un souterrain conduisait au château de Tesson, prenant son départ dans les douves qui entourent le château et qui se remplissent d’eau par les hivers pluvieux, mais cela était-il possible ?…

            Le rez-de-chaussée est à environ 12 mètres du fond des douves. On y accède par un escalier de pierre, remplaçant depuis 1737 le pont-levis qui devait être, vraisemblablement, face à la route, près de la tour carrée, partie la plus ancienne du château.

            La façade ouest a certainement été rajoutée et la tour du Nord transformée, avec ses sculptures gothiques, au moment de la restauration du château en 1844.

            Les armes qui subsistent encore au-dessus de l’entrée sont celles de Guinot « 3pales d’argent sur fond d’azur ». Les mêmes armes supportées par des licornes, se voient encore, mutilées sur la tour à poivrière. Seule la devise « Pro Deo et Rege » (pour Dieu et pour le Roi est encore lisible.

            On suppose que c’est à l’époque des guerres de religion que le blason a subi des dommages.

            À ce moment-là, les seigneurs de Rioux étaient plutôt partisans des protestants.

            Extérieurement le château est très bien conservé : ses assises en pierre de taille, ainsi que toute la construction, défieront encore de longues années les intempéries. Les murs des tours mesurent 1m90 d’épaisseur.

            Les charpentes en châtaignier forment le dessin d’une carène de bateau. Celle de la tour à poivrière est un chef-d’œuvre. Mais que de complications et de frais pour retenir les toitures.

            Les propriétaires ont refait eux-mêmes certaines couvertures, dont la tour à poivrière, ce qui n’était pas sans danger.

            Intérieurement, le château est très habitable. L’été, les enfants et petits-enfants de M. et Mme Rémont viennent nombreux passer les vacances.

            Un bel escalier de pierre mène au premier étage et au grenier. Les pièces sont vastes, bien meublées, et ne manquent pas de clarté. De très belles cheminées sont bien conservées. Celle de la chambre « dite de la mariée, où le seigneur avait autrefois droit de jambage », dans la tour du Nord, possède de gracieuses colonnettes en pierre. Dans les angles de cette pièce, qui est restée longtemps inhabitable, mais qui est aujourd’hui en cours de restauration, il y a de très jolies sculptures. Une autre chambre voisine de cette dernière va également être remise en état.

            Les propriétaires actuels ne ménagent ni leur temps, ni leur travail, pendant les vacances, pour garder ou redonner au château son style d’antan.

            Une terrasse limitée par un mur surplombant les douves, forme un jardin intérieur, où l’on cultive fleurs et arbres fruitiers. Il reste encore le four banal, où autrefois on cuisait le pain du village.

            L’accès aux souterrains a été fermé lors de l’éboulement d’une voûte dans le jardin-terrasse, mais les voûtes existent, le château étant creux dans toute sa largeur, les meurtrières des souterrains étant visibles dans les douves.

            À l’écart du château, semblant veiller sur les bâtiments de la ferme, le pigeonnier, coiffé de lierre, atteste d’une opulence du passé…

            Les touristes très nombreux en été, surpris de découvrir un si beau château dans cette paisible campagne saintongeaise, ne manquent pas l’occasion de prendre une photo.

            Pour nous, il fait partie de notre paysage, et nous pouvons l’admirer tout à notre aise. J.B.

Informations supplémentaires :

Rioux est une petite commune du centre-ouest de la France, située dans le département de la Charente-Maritime et de la région Nouvelle-Aquitaine.
Elle fait partie de la Communauté de communes « du Canton de Gémozac et de la Saintonge Viticole ».
Les habitants et habitantes de la commune de Rioux sont appelés les Rioutais et les Rioutaises.
Les 906 habitants du village de Rioux vivent sur une superficie totale de 19 km2 avec une densité de 48 habitants par km2 et une moyenne d’altitude de 45 m.
Les villes voisines sont Saint-Simon-de-PellouailleMontpellier-de-MédillanCravansRétaudSaint-André-de-Lidon.
La grande ville la plus proche de Rioux est Saintes et se trouve à 14 kilomètres au nord-est à vol d’oiseau.