Sur les traces de nos ancêtres bretons

Glanant à travers mes lectures historiques, faites à l’occasion de notre si extraordinaire de la mi-août, j’ai retenu surtout les merveilleux livres de Pierre-Jakez Hélias. Dans Le cheval d’orgueil (Paris, Plon, Presses Pocket, 1987, 626 p.) et Les autres et les miens (tome 1 : La gloire des manants, Plon, 1979, 314 p.; tome 2 : Contes à vivre debout, Plon, 1980, 316 p.), il nous dresse un portrait des Bretons du pays bigouden dont il vient. Natif de Pouldreuzic, sur la baie d’Audierne, à l’ouest de Quimper, il évoque avec tant de vie les siens que l’on croirait reconnaître ses propres ancêtres Riou-x du Finistère.

            Nous autres Bretons, nous avons toujours été à la fois humbles et orgueilleux.
            Orgueilleux à l’égard de notre propre état quand les autres ont envie de prendre
            le meilleur sur nous, humbles quand il nous plaît de plier, quand quelqu’un ou
            quelque chose mérite révérence. (Contes à vivre debout, p. 185)

Cet orgueil se doublerait même d’une grande violence, pouvant porter aux pires excès :

            Provocateurs et contestataires dans l’âme, braveurs de religion, avec toujours un grain
            d’anarchie ou de schisme en train de lever sous l’os du crâne. Têtus comme des ânes
            (…), amateurs de chicanes et de procédures. (La gloire des manants,, p. 13)

Les Bretons familiers d’Hélias considèrent le travail comme une grande valeur :

            On nous dit acharnés au travail pour le pain quotidien, animés d’un constant esprit
            d’entreprise. (…) Durs dans la semaine, charitable le dimanche et intéressés toute
            l’année. (…) Nous avons la peau coriace, mais le cœur tendre et l’âme fragile (avec)
            une disposition constante à la joie et au travail. (La gloire de manants, p. 13, 14, 15)

L’un des traits de caractère importants des Bretons, selon Hélias, est leur liberté d’esprit « qui fut la constante inquiétude des autorités religieuses et quelques fois civiles » (Le cheval d’orgueil, p. 550). Leur esprit d’indépendance est alimenté par un vieux fonds de méfiance. Les paysans bretons restent toujours des « hommes de vent et de plein air » (La gloire des manants, p. 73). C’est la terre qui les a façonnés au cours des siècles, qui a produit chez eux «  la fierté au travail bien fait, des champs bien tenus, des cultures bien calculées selon les saisons, la nature des terrains et le climat » (Le cheval d’orgueil, p. 554). Ne croirait-on pas reconnaître nos ancêtres issus de Jean Riou et Catherine Leblond dans ces lignes :

            Ils étaient les plus près de la noblesse de la terre, de la petite noblesse qui a planté ses
            racines dans notre pays et modelé son visage (…) Leur première patrie était la terre,
            c’est-à-dire la création primitive. Ils étaient chez eux partout où il y avait de la terre à
            labourer (p. 557).

Par ailleurs, doués « d’une faculté d’invention permanente, (d’) un potentiel de vigueur, (d’) une force de la nature » (La gloire des manants, p. 15), ils ont su s’adapter aux transformations du monde moderne :

            Assez intelligents pour comprendre que la marche du monde déclasserait leurs enfants
            beaucoup plus qu’eux-mêmes. Ambitieux non pas pour leur propre destin, mais pour
            leur descendance, en quoi ils demeuraient paysans. Ils ont réalisé que l’instruction était
            une promotion qui équivalait presque à la possession de la terre. (Le cheval d’orgueil, p. 561)

Tels sont quelques-uns des traits de caractère définis par les Bretons chers à Hélias et qui me paraissent partagés en bonne part par nos ancêtres Riou et Rioux. Beaucoup se sont acharnés à survivre sur des terres dures à défricher, ont connu la pauvreté, tout en conservant de la « hautesse dans le cœur ». (Contes à vivre debout, p. 185) Car, dit Hélias, « les riches ont leur richesse, les pauvres n’ont que leur fierté ». (Le cheval d’orgueil, p. 452)