Du baptême au mariage de Jean Riou

 

(Lors de la rencontre des Riou-x à l’Île d’Orléans du 10 août 2002, feu Emmanuel Rioux (# 2) prononçait au cours du souper une brève causerie, à titre de représentant de Norbert J. Rioux et faisant état des dernières recherches sur l’acte de baptême de l’ancêtre. En voici le texte intégral.)

 Sur les traces de l’ancêtre Jean Riou

            Beaucoup d’efforts ont été déployés par les descendants de Jean Riou et Catherine Leblond afin de trouver l’acte de baptême du premier seigneur sédentaire de Trois-Pistoles.

            Grâce aux contacts entretenus avec Hervé Riou (un descendant de Breton, habitant alors Limay, dans les Yvelines, en banlieue de Paris), par la SGHTP et l’AFRA, notamment par J.-François Beaulieu, Élisée Rioux, Norbert Rioux et Emmanuel Rioux, l’on obtint des résultats probants. En effet, en novembre 1986, Hervé Riou nous adressait la copie du fameux acte de baptême de l’ancêtre, resté jusque-là introuvable. C’est en cherchant par la lignée maternelle des Gueguen, ainsi que le lui avait suggéré François Beaulieu, que cette découverte a pu heureusement se concrétiser.

Son acte de baptême

            Le voici donc cet acte de baptême de Jean Riou, en date du 20 mars 1652, tel qu’on peut le lire dans les registres de l’état civil de Ploujean (commune maintenant annexée à Morlaix, ville du Finistère comptant quelque 20 000 habitants), et que notre correspondant transcrivit pour l’adresser à l’AFRA le 23 novembre 1986. Il nous arrivait juste à temps pour l’historique rassemblement des 2000 Rioux du 14 au 16 août 1987 à Trois-Pistoles.

            « Jan fils legitime de Jan Rochiou et Marguerite Gurguen a esté baptisé par Mre Claude Gueguen ptre ce jour vingtieme de mars 1652, Jean Prigent Kerpol le parrain et Jeanne Bezvout la marraine Y. Leon recteur. »

            On aura remarqué trois légères variantes à l’acte de baptême transcrit par notre ami et correspondant Hervé Riou. Elles nous viennent de Morlaix, signées de la main de Patricia Gaude, déléguée à l’entraide, et adressée au printemps à notre ami Norbert, de Madison, CT, qui a bien voulu nous les transmettre. Grâce à elle, nous devons lire Kerpol et non espol, « la 1ère lettre du mot est ce que nous appelons en Bretagne un K barré, équivalent au son Ker, (qui) fait ici comme une sorte de G majuscule ». Sur le nom de la marraine Bezvout (et non Beznont), Mme Gaude dit ceci : « il se nomme Y. LEON; il est vrai que sa signature est très dure à déchiffrer ». Dans un autre courriel adressé quelques jours plus tard au même destinataire, Mme Gaude ajoutait des précisions sur la famille GUEGUEN de Ploujean : « Il y a deux Marguerite contemporaines : l’une née le 12.12.1622, fille de Raoul et Françoise Berric; elle a un jumeau François; l’autre née 22.09.1621, fille de François et Françoise l’Hostis. Aucun élément ne permet de choisir. Le prêtre Claude GUEGUEN fils de Nicolas et Marguerite Le MOAL né 26.03.1615. Sa 1ère signature prêtre à Ploujean le 08.12.1644. Il décède le 18.09.1699 à Ploujean ».

            Complétons notre incursion généalogique dans la famille de l’ancêtre en rappelant les données fournies dès l’ouverture de l’imposant dictionnaire généalogique des Familles Riou-x, publié conjointement par l’AFRA et la SHGTP à l’été 2001 à Trois-Pistoles, en p. xxvii.

            Notre ancêtre Jean Rochiou, était le fils aîné de Jean Rochiou. Celui-ci fut baptisé à Ploujean le 8 mars 1619, il se mariait le 15 septembre 1645 avec Françoise Berric (graphie de Mme Gaude), qui lui donnait une fille prénommée Marguerite, née en 1646), et, vers 1649-1650, il se remarie au même endroit avec Marguerite Gueguen, identifiée comme la fille de Rodolphe/Raoul et de Françoise Berric (selon Mme Gaude); son décès se situe entre 1664 et 1685. Il eut comme frère Christian, baptisé le 18 mars 1621, une sœur Jeannette, née en 1623, et il aurait eu une autre sœur, prénommée Françoise, qui serait marraine de l’aînée de son frère Jean, à qui elle donnerait son nom.

Les frères et sœurs de Jean Riou

Voici maintenant la liste des frères et sœurs issus du second mariage du père de notre Jean Rochiou (on notera l’absence de renseignement concernant le mariage ou le décès de chacun) : Françoise, baptisée le 1 février 1651 à Ploujean, dont les parrain et marraine sont François Scarabin et Françoise Rochiou;

Jean est baptisé le 20 mars 1652 et a comme parrain Jean (selon la coutume le parrain lègue son nom à son filleul, comme c’est le cas de la filleule héritant du nom de sa marraine) Prigent et Jeanne Bezvout, et qui devait se marier le 19 janvier 1678 à Sainte-Famille, île d’Orléans, avec Catherine Leblond (fille de Nicolas, natif de Honfleur, et Marguerite Leclerc (native de Dieppe), mariés à Château-Richer le 13 octobre 1661);

Yvonnette, baptisée le 7 novembre 1654…

Claude, baptisé le 10 janvier 1656, p/m Dom Claude Gueguen et Catherine Guezennec;

Anne, baptisée le 4 octobre 1658;

Philippe né en 1663 (sa marraine est Marie Du Cosquer), décédé en août 1664, et inhumé le 21 août 1664, à l’âge de 10 mois.

            Bien malin qui pourrait nous dire comment se passa l’enfance, puis l’adolescence de l’aîné des fils de Jean Riou et de Marguerite Gueguen. Sans doute qu’au sein de sa famille il apprit la dure loi de la vie où le travail était une nécessité; il s’initia aux travaux de la ferme, à la pêche, comme tout Breton vivant à proximité des côtes, les Rochiou étant par ailleurs tout près du fleuve Morlaix. Toujours est-il que, passé la vingtaine, il s’embarqua pour la Nouvelle-France comme « engagé », comme l’a écrit Jacques Morissette, dans son chapitre contenu dans Histoire de Trois-Pistoles 1697-1997. Le 26 décembre 1677, à l’âge de 25 ans, il passe un contrat de mariage dans lequel il est désigné comme « fils de laboureur » et s’engage au service de sa belle-mère, récemment devenue veuve de Nicolas Leblond. Et peu après, soit le 10 janvier 1678, il se marie à Sainte-Famille de l’Île d’Orléans avec la jeune Catherine Leblond qui a un peu plus de 13 ans. On connaît la suite sur laquelle nous disposons de beaucoup plus de documents.

Transformation du patronyme de Rochiou en Riou

            Enfin, disons un mot sur le patronyme de notre ancêtre. Laissons Hervé Riou s’expliquer là-dessus : « Cette transformation de Rochiou en Riou (…) n’est pas due à une erreur du curé de Ploujean (…) cette erreur doit s’expliquer au niveau du Québec. Jean Rochiou ne savait ni lire i écrire et, quand en 1678 il se marie à Sainte-Famille, le notaire qui établit le contrat de mariage et le curé qui établit l’acte de mariage ne peuvent que transcrire le patronyme Rochiou tel qu’ils l’entendent phonétiquement (…) Le mot rochiou signifie en breton du Trégor rochers et s’écrit roc’hiou. Les consonnes c’h se prononcent en breton comme un h dur. Ainsi le rocher qui s’écrit en breton roc’h se prononce comme le mot allemand rohr, cde qui équivaut dans la prononciation française à rorr. De même, les rochers qui s’écrit en breton ar roc’hiou se prononce rorriou. Il se peut que le curé et le notaire n’aient entendu que la fin ‘Riou ou alors qu’ils aient fait le rapprochement avec le patronyme Riou, beaucoup plus courant en Bretagne. » (Rassemblement des familles Riou-s d’Amérique, Trois-Pistoles, p. 14-15.)

            Voilà quelques données sur notre ancêtre, avant son mariage avec Catherine Leblond, qui allait devenir le père d’une famille de huit enfants, et dont l’immense majorité des Rioux du Québec et de toute l’Amérique du Nord sont les fiers descendants.

(Source : Le Riou-x, Vol. 19 No 3, automne 2002)