Nicolas Rioux, 2e seigneur résident de Trois-Pistoles

Par Valéry Nicolas

Né vers 1680 sur l’île d’Orléans, Nicolas est le fils aîné de Jean Rioux et Catherine Leblond. Il arrive à Trois-Pistoles en 1697. Nous pouvons supposer qu’il aida son père à installer convenablement sa famille sur la seigneurie  en construisant un logis et en défrichant la terre afin de produire la nourriture nécessaire pour leur subsistance.

Le 13 août 1710, il épouse à l’église de Sainte-Famille, de l’île d’Orléans, Louise Asselin, fille de Pierre Asselin et de Louise Bauché dit Morency. Les deux partis s’entendent sur les conventions matrimoniales suivantes : selon la coutume, ils s’unissent sous le régime de la communauté de biens; le douaire se chiffre à 600 livres et le préciput est de 150 livres en  deniers  comptant avec un lit garni.

Nicolas reçoit un minimum d’instruction : il est en mesure d’apposer sa signature  au bas des différents contrats qu’il passe devant notaire et il rédige parfois lui-même les ententes qu’il négocie avec des particuliers sous seing privé.

Nicolas, ainsi que son frère Pierre, participait à la pêche à la morue, comme matelot engagé sur le navire le Hardi, puis comme propriétaire et capitaine du bateau nommé le Saint-François. Les deux frères participèrent également à l’exploitation de l’ardoise du Grand Étang.

Le 31 mars 1712, Nicolas acheta, pour la somme de 550 livres, une censive appartenant à Pierre de Niort Sieur de la Minotière mesurant une lieue de front sur deux lieues de profondeur bornant au sud-est, aux terres du Domaine du roi, au sud-ouest au  fief de Trois-Pistoles.

Le 15 février 1723, Nicolas remplit son devoir de vassal en allant, en son propre nom et au nom de ses frères, Vincent et Pierre ses coseigneurs, âgés respectivement de 30 et 25 ans, rendre foi et hommage en présence de l’intendant Michel Bégon « tête nue sans épée ny éperons ».Cette mention rappelle les origines sociales plutôt modestes de la famille Rioux.  Le lendemain, 16 février, il fit aveu et dénombrement, qui renseigne sur l’état de la seigneurie : ses dimensions, la nature des bâtiments, la superficie des terres exploitées, le nombre des habitants y demeurant et le nom des censitaires. Or, les membres de la famille Rioux sont les seuls habitants de la seigneurie. On n’y compte aucun censitaire, à comparer avec la seigneurie de l’Île-Verte qui en compte un et celle de Rimouski, 12; nous pouvons nous questionner sur l’importance qu’avait le seigneur Nicolas Rioux à promouvoir le développement et le peuplement de sa seigneurie. Est-ce qu’il négligea son rôle de seigneur, donc de gestionnaire de l’humanisation, au profit de ses activités commerciales ? À l’intérieur de la seigneurie, nous retrouvons la présence des bâtiments suivants : une maison, une grange, une étable, une écurie, une chapelle et un moulin à eau. Nous apprenons également que 25 arpents de terres sont en labour et nous notons l’absence de prairie à l’intérieur du fief, puisque, selon le seigneur, la grève y supplée grâce à la marée montante qui fournit suffisamment de foin pour les animaux. Nicolas Rioux déclare que ses frères, n’étant pas encore établis, habitent avec lui et que, n’ayant pas encore effectué le partage de la seigneurie, ils en ont joui par indivis jusqu’à présent. En ce qui a trait à la censive qu’il a achetée en 1712, il déclare que son frère Vincent Rioux a fait plusieurs abattis de bois et mis environ six arpents en labour.

Vingt ans plus tard (1743), éclate sur le continent européen la guerre de succession d’Autriche. Le 21 juillet 1744, on ordonne au seigneur Nicolas Rioux, officier de milice de Rimouski, de faire monter la garde le jour et la nuit par deux habitants qui, relevés tous les trois heures, devaient surveiller les feux et les fumées de la paroisse voisine annonçant l’arrivée de bateaux ennemis. À la moindre alerte, le seigneur se devait d’assembler les milices pour se rendre à Québec avec injonction à tous les habitants de son district  d’apporter leurs armes et des provisions en vivres pour 30 jours en pois, en farine ou légumes ainsi que la consigne de mettre leurs bestiaux dans les bois le plus à l’écart possible. « Au surplus recommandations au Sr. Rioux Lainé de tenir sa milice en bon ordre et prête à marcher s’il en était question. » Cette lettre, qui nous renseigne sur les techniques défensives mises en place par les autorités militaires de l’époque, ajoute que lorsque les derniers feux  paraîtront à la Pointe Lévy, il sera tiré un coup de canon ou deux à Québec pour signifier que les habitants les ont bel et bien aperçus. Ces derniers étaient le signal pour répéter les feux depuis la Pointe Lévy jusqu’à Saint-Barnabé (Rimouski).

Le 6 avril 1751, Nicolas Rioux obtint du gouverneur le marquis de Lajonquière et de l’intendant Bigot une nouvelle seigneurie située entre celles de Trois-Pistoles et du Bic qui prit le nom de Nicolas-Rioux ou de Baie des Ha-Ha. Cette dernière mesure trois lieues de front sur quatre lieues de profondeur et comprend les îles et les îlots situés au-devant du fief. Le titre de concession comprend sensiblement les mêmes droits et devoirs que ceux contenus dans celui de la seigneurie de Trois-Pistoles. En plus de laisser les grèves libres à tous les pêcheurs à l’exception  de celles dont il aura peut-être besoin pour sa pêche, il doit laisser au roi toute portion de terrain pour la construction de forts, de batteries, de places d’armes, de magasins d’ouvrages publiques; ainsi que les arbres nécessaires pour leur construction et le bois de chauffage pour la garnison du fort, sans être tenue d’aucun dédommagement. Ce fait démontre qu’en 1751, malgré la fin de la guerre de Succession d’Autriche en 1748, un climat de tension régnait suffisamment dans la vallée du Saint-Laurent pour que les autorités gouvernementales en viennent à prendre les  mesures défensives en cas de nouveaux conflits armés.

Nous savons que la seigneurie de Trois-Pistoles se développe très lentement. Jusque vers les années 1750, en parcourant les registres d’état civil de la paroisse Notre-Dame des Anges de Trois-Pistoles, nous pouvons constater que les actes ne mentionnent que les baptêmes, mariages et décès des membres de la famille Rioux. Après 1750, de nouveaux noms commencent à paraître dans le registre.

Nicolas Rioux et Louise Asselin eurent dix enfants, tous natifs de Trois-Pistoles : Marie-Anne, Catherine, Louise, Nicolas, Marie-Magdeleine, Marie-Geneviève, Étienne, Jean-Baptiste, Véronique et Louise-Françoise. Cinq d’entre eux conclurent des alliances matrimoniales avec les membres de la famille seigneuriale de Rimouski, les Lepage. Cela démontre une volonté des familles Rioux et Lepage, toutes deux d’origine modeste parvenues à la classe seigneuriale, de tisser de bonnes relations sociales. Cette volonté possiblement due à leur isolement dans une région éloignée et peu peuplée, est également perceptible dans le choix de parrainage des enfants de Nicolas Rioux puisque deux d’entre eux ont un membre de la famille Lepage comme parrain et marraine. Nous pouvons également noter que la famille seigneuriale de l’Île-Verte, les Côté, également issus de la classe paysanne, tissent aussi des relations sociales avec la famille Rioux, puisque trois de leurs membres deviennent parrains et marraines, sans oublier l’union de Vincent Rioux, frère de Nicolas, à Catherine Côté, fille du seigneur Jean-Baptiste Côté, de l’Île-Verte.

Le 6 janvier 1756, Nicolas Rioux meurt des suites d’une épidémie de picote à l’âge de 72 ans. L’acte de sépulture du troisième seigneur de Trois-Pistoles précise que son corps fut inhumé dans le cimetière de la paroisse Notre-Dame des Anges de Trois-Pistoles, trois jours après son décès. Cette terrible épidémie occasionna également le décès de la plupart de ses principaux héritiers, destinés à devenir les futurs héritiers « primitifs » de Trois-Pistoles. En effet, son fils aîné Nicolas meurt la même journée que lui à l’âge de 35 ans et son petit-fils, Nicolas-François, rend l’âme le 8 janvier de la même année, âgé de 5 mois. C’est Étienne Rioux, deuxième fils de Nicolas, qui héritera du titre de seigneur principal du fief de Trois-Pistoles.

( Source : Vie agricole au 18e siècle : www.google.ca)